… a désormais une date.

A partir du 1er janvier 2022, il sera interdit d’installer des chaudières fonctionnant au fioul (ou au charbon) dans les habitations neuves. Les annonces du Gouvernement auraient dû provoquer une tempête de colère des professionnels du fioul. C’était sans compter sur leur anticipation.

Ils avaient vu le coup venir depuis longtemps. Alors, les professionnels du fioul ont travaillé sur une énergie alternative moins polluante à celle du fioul que l’on connaît.

Le bioliquide (1), avenir du chauffage ?

« Cela fait longtemps qu’on se prépare et on est prêt à accompagner la transition énergétique, assure Jean-Pierre Roche, président de la fédération française des combustibles, carburants et chauffage du Limousin. On expérimente depuis un petit moment un bi fioul, composé à 30 % d’ester méthylique de colza. Quand j’ai entendu les annonces du Gouvernement, je me suis dit que c’était irréaliste d’interdire les chaudières ! Ce n’est pas les chaudières le problème, c’est le combustible et le bio fioul (1) est compatible avec 80 modèles de chaudières.

Champ de colza

Pour Jean-Pierre Roche, les annonces du Gouvernement ont été un peu « précipitées » ! Ce sont les chaudières 100 % fioul qui seront interdites, cela change tout ! Celles qui sont compatibles avec le biocarburant (1) seront encore autorisées. Le colza en plus est produit en France. On récupère des protéines pour l’élevage en raffinant le colza et cette solution ne coûtera pas plus chère aux contribuables. La partie bio de ce carburant ne pourra être taxée comme un produit pétrolier, il faut être logique. Tout ce qu’on attend pour pouvoir le commercialiser, c’est l’homologation. Elle devait avoir lieu à la fin de l’année mais avec la crise sanitaire, on a pris du retard. On espère l’avoir en 2021 ».

Tout n’est pas perdu donc pour les livreurs de fioul qui misent tout sur ce nouveau type de carburant dont la part de bio (1) sera amenée encore à augmenter assurent-ils.

Des innovations en Creuse pour se passer d’énergies fossiles

La Creuse peut montrer de quel bois elle se chauffe. Si les ressources locales en bois-énergie sont abondantes, comme du reste dans les autres départements du Limousin, la plus renouvelable des énergies reste celle qu’on ne consomme pas.

Des professionnels du bâtiment et des Géo Trouvetout de la Creuse travaillent sur la maison passive et autonome.

Les énergies fossiles relèvent de la Préhistoire pour Jean-Pierre Chappert. Cet ingénieur thermicien a construit une étonnante maison prototype à Saint-Priest-la-Plaine dans l’ouest creusois : il a mobilisé tout un panel de techniques pour garantir une autonomie totale à sa maison, c’est-à-dire qu’elle est à la fois autonome en énergie (chauffage et électricité) mais aussi pour l’eau.

Le prototype de maisons totalement autonomes.

À terme, la maison de Jean Chappert pourrait produire son propre gaz (pour la cuisine) grâce à digesteur de déchets organiques. L’ingénieur, qui a monté une société, reproduit ses procédés innovants pour des clients.

Autre maison-témoin autonome qui a suscité un fort intérêt en dehors du département, jusqu’en Chine : celle de la société Avenidor, construite dans un environnement naturel d’exception, à Ahun, au centre de la Creuse. Steven Kaszuba y a installé le centre de recherches du groupe familial KZB, constructeur de maisons individuelles.

Le système D pour se chauffer à bas coût

La maison comme celle de Jean Chappert, revendique l’autonomie totale, c’est-à-dire que non seulement elle est passive et produit sa propre énergie mais elle n’est reliée à aucun réseau. À Ahun, Steven Kaszuba a construit un autre prototype qui reprend le même concept que la première maison mais avec des matériaux biosourcés.

À quelques kilomètres de ces prototypes high-tech, Guillaume Celicourt vit dans une vieille maison creusoise en granite.

Ce technicien du son emprunte un autre chemin vers l’autonomie énergétique : celui du système D. Inspiré par d’autres Géo Trouvetout il a fabriqué lui-même un poêle dragon ou « rocket stove ». Un moyen de chauffage performant et très bon marché. Le poêle dragon se contente volontiers de feuilles mortes en guise de combustible. Non seulement Guillaume Celicourt n’a pas de pétrole mais il entend se chauffer en laissant pousser les chênes creusois.

Poêle dragon ou "rocket stove"
Poêle dragon ou « rocket stove »

Des retraités en Corrèze : « On n’a pas l’impression de polluer »

Michèle et Jean Sirieix, qui vivent à Monceaux-sur-Dordogne en Corrèze, ont investi 7.000 euros dans une chaudière au fioul, il y a sept ans. À l’époque, le couple de retraités cherche à remplacer sa vieille chaudière au fioul, qui fonctionne encore et sa chaudière à bois de complément qui ne lui donne plus satisfaction.

« On a choisi de conserver une chaudière au fioul, en prenant un modèle haut de gamme qui nous a fait économiser entre 30 et 40 % de consommation », explique Michèle Sirieix.

Coupe Budérus Condensation
Coupe chaudière fioul Condensation

À bien y réfléchir, le couple n’avait pas vraiment le choix. Leur joli petit hameau, à deux pas de la rivière Dordogne, n’est pas raccordé au gaz de ville et Michèle ne souhaitait pas installer une citerne dans son jardin. « Le gaz, ça m’aurait fait peur », dit-elle.

Sept ans plus tard, le couple de retraités a un peu de mal à comprendre pourquoi on montre désormais le fioul du doigt. « On n’a pas l’impression d’être des pollueurs », insiste Jean. « D’accord, avec la chaudière d’avant, la fumée était noire et il y avait des odeurs, se souvient Michèle. Mais avec la nouvelle, tout ça, c’est fini. »

« On espère qu’on l’aura jusqu’au bout » Comme beaucoup d’autres adeptes du fioul, Michèle et Jean scrutent régulièrement les cours et font remplir leur cuve de 3.000 litres quand ils sont au plus bas. Un moyen de faire quelques économies.

Pas vraiment inquiet des annonces gouvernementales, le couple de retraités corréziens préfère rester philosophe. « Une chaudière, c’est costaud. On l’a changée il y a sept ans, maintenant on espère qu’on l’aura jusqu’au bout », sourit Michèle…

(1) Le biofioul doit d’abord se décliner en deux produits : F10, contenant 10% d’Emag de colza (Esters Méthyliques d’Acide Gras) et F30, à 30%. Puis la part renouvelable est amenée à croître pour atteindre 100% en 2040.

SOURCE: Rédaction du Populaire du Centre et de La Montagne en Limousin

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